Défis communs et avenir durable pour les sites du patrimoine

Mardi 25 Avril 2017 PDF Imprimer Envoyer

 

14 gestionnaires de sites patrimoniaux d'Afrique, du Pacifique, d'Amérique latine et de France se sont retrouvés sur le Grand Site de France Bibracte-Mont Beuvray dans le cadre de la 6ème édition de la formation internationale sur la préservation et la gestion de sites patrimoniaux.
Cette formation est organisée par le Pôle international animé par le Réseau des Grands Sites de France. Elle s'inscrit dans un contexte international à l'heure où des dispositions ont été adoptées par l'UNESCO afin de rééquilibrer la Liste des biens inscrits au Patrimoine mondial en donnant la  priorité aux pays du Sud.

 
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Une formation-action au service du patrimoine 

Après une première semaine de formation sur le site de Bibracte autour de problématiques liées au patrimoine ou au développement durable local, les participants se sont rendus individuellement sur un site d'accueil partenaire. Ainsi Jean Mere, en charge du site sacré de Tapu-tapu-ātea - Te Pō, vallée de Ō-po-ä (Polynésie française), candidat à l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, a été accueilli en immersion sur le Grand Site de France en projet Estuaire de la Charente-Arsenal de Rochefort. Il y a rencontré les élus et l'équipe de  gestion du site et approfondi les outils de médiation permettant de valoriser le patrimoine du territoire.

La gestion durable, un défi partagé

Il ne suffit pas de protéger un site au plan juridique, il faut également le gérer de manière pérenne et adaptée aux singularités du territoire. "La gestion est un processus de longue haleine. Il faut aussi avoir la bonne échelle de réflexion." souligne Aziza Miled, architecte en chef à l’Institut national du patrimoine de Tunis en charge du site de Thignica. "Pour faire un bon projet, pas besoin d'attendre d'avoir beaucoup de moyens mais il faut rassembler tout le monde." renchérit Moussa Moriba Diakité, chef de la Mission culturelle du site des Villes anciennes de Djenné (Mali). Les participants ont retenu le besoin de travailler en synergie avec les communautés locales, les chercheurs, le secteur du tourisme.


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Un dialogue multiculturel

La formation est aussi une occasion majeure d'échanger entre gestionnaires d'horizons géographiques et culturels variés et de favoriser les actions de coopération entre sites. "Ce qui démarque cette formation, c'est la qualité du dialogue." explique Vincent Guichard, directeur de Bibracte. Au fil des formations, c’est une communauté de plus de 100 professionnels dans plus de 30 pays que s’est constituée et qui continuera à échanger. Le bilan de la formation s'est tenu au ministère des Affaires étrangères, en présence de l’ambassadeur de France à l’UNESCO et de représentants des partenaires du Pôle international, dont le Centre du patrimoine mondial.

 

 

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ENTRETIEN avec Lassina Simporé

Directeur de l'UFR-Sciences Humaines à l'Université de Ouagadougou I Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso)
et intervenant à la formation internationale 2017

 

Vous avez participé à la formation internationale du Réseau des Grands Sites de France en 2011 en tant que stagiaire. A ce moment là, vous étiez gestionnaire d'un site inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, "Les ruines de Loropéni". Que vous a apporté cette formation à l'époque?

"Suite à cette formation, je me suis rendu compte qu'en plus d'être archéologue, il fallait que je prenne en compte d’autres aspects dans la gestion de ce site pour mieux satisfaire les visiteurs actuels mais aussi pour que les générations suivantes puissent en profiter."

Que s'est-il passé ensuite, à votre retour au Burkina Faso?

"Au début, j'étais seul à gérer le site des ruines de Loropéni. J'ai réussi à obtenir qu'une Direction des sites classés (UNESCO, sites nationaux…) soit créée au sein du ministère de la Culture. Puis j'ai pu former une équipe de conservateurs, d'administrateurs… car un site, ça ne se gère pas seul mais avec une équipe pluridisciplinaire. On a également renouvelé le plan de gestion du site jusqu’en 2020 pour organiser les interventions des différents acteurs sur le site." 

A quel point la formation et le partage de connaissances sont importants lorsqu'il est question de gestion du patrimoine?

"C'est essentiel et c'est notre rôle, en tant que participant à cette formation internationale, de devenir à notre tour formateur auprès de nos collègues. C'est pourquoi toutes les deux semaines, je réunissais les agents de mon service au ministère et nous abordions un aspect de la préservation et de la gestion du patrimoine, c'était une formation entre pairs. J'ai également fait inscrire des modules sur le patrimoine non seulement à l'Université Ouagadougou 1 - ce qui n'existait pas avant - mais aussi à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature où sont formés les cadres du ministère de la Culture."

Est-ce que des partenariats ont pu se créer pour la gestion et la conservation de votre site?

"Au niveau local, j'ai travaillé avec les acteurs locaux comme les riverains du site, les mairies et les représentants de l’Etat pour que chacun regarde à son niveau ce qu'il peut faire pour assurer la pérennité et la sécurité du site. Au niveau international, j'ai réussi à obtenir que des archéologues français viennent travailler sur notre site pendant cinq ans. Les résultats obtenus seront présentés au 10e anniversaire de l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO". 

Et avec les participants ou intervenants de la formation?

"Grâce à un partenariat avec le site archéologique de Bibracte - qui accueille la formation en France et qui était mon site d’immersion en 2011 -, nous avons pu organiser en 2014 un atelier de travail sur la gestion et la mise en valeur des sites paléo-métallurgiques du Burkina Faso et d'Afrique de l'Ouest. Et nous allons prochainement en organiser un au Togo sur les sites du fer afin de partager notre expertise. Ce partenariat a également permis de produire une exposition sur la paléo-métallurgie présentée à Bibracte, au Burkina Faso et en Afrique de l'Ouest. Ce projet de coopération est directement né à la suite de la formation internationale du Réseau des Grands Sites de France."

En tant qu'intervenant à la formation cette année, qu'avez-vous appris auprès des participants?

"J'ai senti que chacun avait besoin de cette formation, certains plus sur l'aspect législatif, d'autres plus sur l'aménagement ou la communication. Mais eux-mêmes m'ont formé en me faisant part de leurs préoccupations." 

En savoir plus
- Voir le communiqué de presse du bilan de la formation internationale 2017
- www.polepatrimoine.org